Le blog de Samély

Aethernam et le ténébreux Gulgirran

23février
Samhain, la BD sur laquelle je travaille avec Morinière, a changé de nom pour devenir Aethernam, Samhain étant le titre du premier tome. Je m'en suis expliquée "presque sérieusement" sur le blog de Morinière.

Aethernam correspond bien à l'univers que nous avons créé, à la fois beau et lumineux, intemporel et mouvant, subtil et inquiétant... Et plus Morinière dessine, plus je développe des coups de coeur pour certains personnages (d'ici quelques planches, ce sera l'Ecole des Fans et je collerai 10/10 à tout le monde !)

Parmi les "figures montantes", Gulgirran est mon penchant du moment et j'ai eu envie de vous présenter cet être sombre et passionné. Afin de ne pas dévoiler les secrets du scénar, les dialogues ont été "légèrement modifiés".


... roulement de tambour ...

Et voici en direct de la case 4, fraîchement sorti de la planche 10, le beau, le sombre, le troublant GULGIRRAN !!!


Angoulême 2010

3février

Nous y étions !!!

Faut bien le dire, si on aime la BD et si on n'est pas agoraphobe, le festival BD d'Angoulême faut le faire au moins une demie fois (mouaip je dis "demie" parce que j'ai pas eu le temps de tout faire groumf).

Bon assez couiné sur mon emploi du temps, passons à la narration zenthousiaste de nos péripéties charentaises (gnéééééé ça fait bizarre "péripéties" accolé à "charentaises").

Angoulême, c'est pas un festival de jouvencelle rose à clochettes, ça dure quatre jours ! Nous sommes donc arrivés jeudi et hop au boulot pour la première séance de dédicaces à un rythme d'enfer. Enfin moi je les ai regardé bosser, mais j'ai trouvé ça super fatiguant :-)


Au début ils sont fringuants tous ces dessinateurs, bondissant sur leurs crayons, leurs pinceaux, leurs flacons d'encre qui tâche et la gomme électrique des autres (n'est ce pas Monsieur Bouss).


Hooooo arrête fais pas l'innocent ! Nous avons tous vu la brutale passion qui s'est emparée de toi quand tu as testé la gomme électrique d'Orel (fais gaffe j'ai peut être des photos).

Au bout d'un moment, entre le rythme effréné des séances de dédicace et la musique d'ambiance, j'ai bien senti une certaine lassitude monter chez mes camarades.



Lassitude qui s'est muée en agressivité...



Jusqu'à la sauvagerie, cet état de l'homme tondu qui redevient bête (sans poil du coup).





Heureusement, il y avait des moments de détente le soir. Certes, le premier jour, nous avons eu beaucoup de mal à trouver le restaurant. Ce n'est pas faute d'avoir demandé à des passants, y compris un monsieur qui m'avait semblé pouvoir être du coin et qui a dû être étonné de me voir l'aborder pour lui demander mon chemin... Ben vi j'ai pas assuré, j'ai même pas reconnu Moebius :P 

Le lendemain, j'ai voulu varier un peu les prises de vue, parce que je ne sais pas si vous avez remarqué mais autour de moi c'était collection de cuirs non chevelus. le résultat est concept, mais j'aime bien.



Et puis la dernière soirée est arrivée... dîner au Manoir. Et là les garçons n'arrêtaient pas de parler d'un truc qui les avait terrifiés les précédentes années et qu'ils nommaient "la poupée morte". Je m'étais fait un remake de Chucky dans ma tête mais ouarffff regardez donc l'affreeeeeuuuuuuussse chose (ha les gars vous êtes vraiment des choupinettes).


J'ai oublié de dire que le festival d'Angoulême, c'est pas vraiment estival... alors adieu fierté, on assume les capuches et bonnets péruviens !

Seconde colorisation : la Dame à la Rose

27janvier

Après la Belle endormie sous la Lune, je me suis attaquée à la colorisation de la Dame à la Rose, dessinée par Morinière. 

Non content de me fournir la matière première, il a bien voulu tenir le rôle de professeur (rhooo il est crô meugnon avec sa baguette à la main et ses binocles sur le nez). Je dois reconnaître qu'il a été très patient, ne grognant pas au bout de mon 50ème "et pourquoi ceci... et si je fais ça, ça donne quoi... et comment ci ou ça". Le truc avec Morinière c'est qu'il reste super zen si on le nourrit bien, donc chaque wagon de questions doit être suivi d'une bouffe.

Voici donc la dame à la rose avant et après. L'exercice était plaisant mais je le confesse, je suis un peu longue puisque j'ai mis environ 6 heures à la faire :-P

















PS. Non il n'a pas utilisé sa baguette !!!

Les filles de Nyx

17janvier

Voici un récit mettant en scène les Moires, les trois femmes tisseuses de destins de la mythologie grecque, accompagné d'une illustration de Morinière.


Nikolaos avait quitté Litochoro depuis environ une heure et marchait tranquillement sur le sentier qui menait, d’après sa grand-mère, au meilleur point de vue sur le mont Olympe, un lieu que les gens du village nommaient « le séjour des Moires ». Le jeune homme n’était jamais venu en Grèce, bien que ce fût le pays de sa mère. Il avait vécu en France avec son père et lorsque Nikolaos, à l’âge de 10 ans, lui avait dit qu’il voulait aller en Grèce, son père lui avait proposé les Iles Canari. Nikolaos n’avait pas insisté, il ne voulait pas faire souffrir son père.

Le garçon avait grandit et lorsqu’il eut vingt ans, il ne demanda plus : il annonça à son père qu’il allait découvrir la Grèce et le village où sa mère était née. Son père ne s’y était pas opposé, mais n’avait pas non plus proposé de l’accompagner. Le jour de son départ il lui avait remis un carnet.
- J’ai écrit ceci il y a vingt ans, lis le quand tu le souhaiteras.

Nikolaos avait embrassé son père et glissé le carnet dans son bagage à main. Il voulait le lire là-bas, puisqu’après tout, il y a vingt ans, son père avait aussi fait un voyage en Grèce.

Le jeune homme arriva à l’endroit indiqué par sa grand-mère et se retourna doucement pour contempler enfin le Mont Olympe. La vue était magnifique, à couper le souffle. Le vaste sommet enneigé du séjour des Dieux contrastait avec le bleu intense du ciel. De part et d’autre du mont, s’élevaient des parois abruptes dont la roche grise semblait rongée par la végétation. On avait l’impression que l’Olympe avait déchiré la vallée pour surgir, laissant derrière lui des précipices que la nature tentait d’adoucir. 

Sa mère avait eu du mal à quitter sa terre de légendes et tout particulièrement l’Olympe ; il comprenait maintenant pourquoi. Il soupira en songeant qu’il aurait probablement eu beaucoup à partager avec elle, mais le destin en avait voulu autrement. Il y a vingt ans sa mère était revenue en Grèce pour le mettre au monde et était morte en couche.

Nikolaos s’assit sur un rocher et ouvrit le journal de son père. Intrigué, il constata qu’il s’agissait d’un récit commençant deux jours avant sa naissance et rédigé à Litochoro. L’écriture était nerveuse, fébrile.

Journal de Vincent

Loukia est morte, me laissant seul avec notre fils. Je cherche la force de regarder l’avenir, de l’envisager avec lui, mais je ne la trouve pas. Je ne me sens pas digne d’élever l’enfant de Loukia, parce qu’il ne se passera pas un jour sans que je me dise que j’ai tué sa mère. 

Pourtant je dois quitter cet endroit, arracher notre fils à l’Olympe, le protéger de son sang, de ses racines et ensuite, il me faudra lui mentir. Comment avancer alors que le chagrin me paralyse et que ma seule issue, pour que cet enfant s’épanouisse, est de l’élever dans la tromperie ? Serai-je capable, lorsqu’il me demandera comment sa mère est morte, de le regarder en face sans laisser transparaître l’effroyable vérité, ma vérité, car pour tout autre elle serait une affabulation de mon esprit égaré par la douleur.

Finalement, j’ai vécu à Litochoro une tragédie grecque. Comment aurais-je pu l’imaginer en voyant le sourire radieux de ma femme lorsque nous sommes arrivés ici ? Nous y étions venus pour que notre fils naisse sur la terre de sa mère, la terre des Dieux comme elle disait. Dès le premier jour, j’ai observé avec amusement Loukia replonger dans l’univers de croyances et de légendes qui avait été le sien autrefois. Je suis un scientifique, la science est ma religion, ma foi se nourrit d’expérimentations et de preuves. Mais ici, au pied du Mont Olympe, les hommes prêtent plus de crédit à leurs contes qu’aux arguments scientifiques.

Loukia avait décidé d’accoucher dans la demeure familiale, assistée d’une sage-femme. L’idée m’effrayait un peu, mais elle avait été inflexible sur le sujet :
- Les grands hommes naissent au pied de l’Olympe, avait elle dit, et tu ne voudrais pas que ton fils soit un médiocre.
Je m’étais incliné, évitant d’argumenter sur ma médiocrité d’homme né au pied de rien. 

Nous avions vécu quelques jours paisibles à Litochoro, Loukia et sa mère se racontant des anecdotes du passé teintées d’un mysticisme que je feignais d’ignorer. Puis ma femme eut ses premières contractions. J’appelais en hâte la sage-femme tandis que Pelagia, ma belle-mère, se mit à chanter à sa fille de vieilles berceuses grecques, enfin je crois. Nous n’avions visiblement pas le même sens des priorités et je marquais ma désapprobation d’un froncement de sourcil mais le sourire que Loukia m’adressa m’incita à l’indulgence.

Une heure après l’arrivée de la sage-femme, le travail commença. Je regardais impuissant la femme que j’aimais souffrir, sans les courbes d’un monitoring pour me dire que tout allait bien. Ma belle-mère commença alors à disposer dans la pièce des bougies, à faire brûler des herbes en traçant dans l’air des signes incompréhensibles, à murmurer ce que je pris pour des prières. Je m’emportais devant ces pratiques ridicules dont le seul effet était de rendre la chambre irrespirable du fait des fumigations, mais elle m’ignora et poursuivit son manège. 

Hors de moi, j’éteignis les bougies et jetais dehors les herbes et encens, sous les imprécations de ma belle-mère.
- Tu vas fâcher les Moires Vincent, elles ne béniront pas ma fille et son enfant !
Je l’avais regardée, interloqué.
- Votre fille, ma femme, est en train de se tordre de douleur et vous nous empestez avec vos… vos… je ne sais quoi ! Sortez du Moyen-âge Pelagia !
Ma belle-mère me saisit par le bras et me fixa d’un regard dur que je ne lui connaissais pas.
- Tu es ici chez moi, Vincent, et je te demanderai de respecter nos coutumes. Ma fille est grecque, née à Litochoro, au pied du Mont Olympe et tous les gens d’ici savent que les Moires tissent nos vies. Lorsqu’une femme est en couche, lorsqu’elle se marie, lorsqu’un enfant naît, nous devons solliciter les Moires, afin qu’elles soient clémentes.
- Les Moires ? Les vieilles femmes de la mythologie ? Mais atterrit un peu Pelagia, aucun dieu ne séjourne en Olympe et tes Moires, si tant est qu’elles aient existé, ont disparu depuis des siècles ! Ce qui importe maintenant, c’est de soutenir Loukia !
Pelagia sembla horrifiée par mes propos. Elle secoua la tête et me demanda de l’écouter. Je n’avais qu’une idée, c’était de retourner auprès de Loukia, mais je lus une telle détresse dans le regard de Pelagia, que j’acceptais.
- Les Moires, Clotho, Lachesis et Atropos, ne sont pas vieilles, elles sont plus anciennes que le temps et depuis l’origine de toutes choses, ce sont elles qui veillent à l’harmonie de l’univers, qui ordonnent naissances et morts et qui tissent le destin des hommes.
- Mais ce sont des contes Pelagia, des contes !
- Non Vincent, tu peux considérer que les dieux ont disparu, mais pas elles. Aucun dieu autrefois n’aurait osé les défier, contester l’une de leurs décisions, parce qu’elles étaient plus anciennes, plus puissantes. Elles sont les filles de la Nuit, Vincent, de la toute première nuit, celle des origines… et tu vois, la nuit existe toujours, alors pourquoi pas elles ?

A ce moment Loukia poussa un hurlement terrible et je me précipitais vers la maison, refermant derrière moi la porte de la chambre pour empêcher Pelagia de revenir se livrer à ses pratiques. Nikolaos est né quelques heures plus tard, après un accouchement difficile et épuisant. Loukia s’endormit et Pelagia adopta enfin le comportement d’une mère en prenant soin de sa fille.

Lorsque la journée toucha à sa fin, les cousins et les oncles de Loukia vinrent me chercher pour fêter l’événement. Ce fût une fête très joyeuse, à la manière grecque. Nous nous rendîmes dans une taverne où des musiciens jouaient des airs traditionnels, tandis que les cousins et oncles tentaient de m’apprendre le sirtaki. L’ouzo coulait à flots et bientôt je me mêlais sans complexe aux danses et aux chants. 

Vers quatre heures du matin chacun reprit le chemin de sa demeure et je suivis en titubant le sentier qui menait à la maison de Pelagia. J’aurais du y être en dix minutes à peine, mais je crois que je me perdis, ce que je ne parviens toujours pas à comprendre : même ivre, il n’est pas difficile de suivre un sentier. Pourtant, au bout d’un moment, je dus me rendre à l’évidence, il n’y avait plus de sentier. Je savais que je n’étais pas loin car l’énorme masse du Mont Olympe se découpait face à moi, telle que je la voyais habituellement lorsque j’étais aux abords de la maison.

C’est alors qu’en me retournant je vis trois vieilles femmes. D’une façon que je ne saurais expliquer, je ressentis physiquement leur puissance ; elle était telle que le Mont Olympe me paru une vague colline en comparaison. Elles ne me regardaient pas - comment l’auraient-elles pu d’ailleurs, puisque leurs yeux blancs montraient clairement qu’elles étaient toutes trois aveugles ? – mais je savais qu’elles me voyaient. 

J’aurais pu me dire que c’était une hallucination due à l’alcool, mais mon esprit s’y refusait. La réalité m’était devenue une farce et rien n’était plus vrai, plus présent, que ces femmes. Je réalisais alors que l’une d’elle, vêtue de blanc, tenait une quenouille, que la seconde, vêtue de rouge semblait jouer avec le fil que la première avait tissé et que la troisième s’apprêtait à le couper. Mon sang se glaça. L’expression est commune mais je le ressentis littéralement et en cette chaude nuit grecque, j’eus froid comme jamais. En un instant, je sentis s’effondrer toutes mes convictions et je sus que la crainte m’habiterait à jamais. J’avais devant moi les Moires.

La Moire vêtue de noire, que l’on nomme Atropos, tourna légèrement la tête dans ma direction et coupa le fil. Une panique incommensurable m’envahit, je me sentis suffoquer, perdre l’équilibre. Je chutais et dévalais la pente. Lorsque je me relevais, j’étais sur le sentier et elles avaient disparu. Un pressentiment me fit rejoindre la maison en courant, un atroce pressentiment que les hurlements de Pelagia que j’entendis au loin confirmèrent. 

Loukia s’était éteinte…

Le médecin déclara qu’elle était morte des suites de son accouchement, d’épuisement. Je dirai probablement à Nikolaos qu’elle est morte en couche. Mais moi je sais… elles me l’ont prise. Les légendes disent qu’elles ne sont ni bonnes ni mauvaises, que le destin est immuable, tissé par elles, mais la peur est là, ancrée en moi, celle de les avoir offensées et d’en payer le prix sans être certain que pour les Moires une vie compense une offense.

Nikolaos referma le carnet. Il regarda autour de lui, ce lieu qu’on nomme « le séjour des Moires ». Il se sentit plus grec que jamais, empli du sentiment que nous n’avons pas une vie, mais un destin.

Blodeuwedd, une figure de la mythologie celte

13janvier



Morinière a accepté d'aborder la mythologie celte qui m'est particulièrement chère et de représenter Blodeuwedd. On peut lire son histoire dans le Mabinogi, recueil de contes gallois du moyen-âge.

Cette illustration représente la naissance magique de Blodeuwedd.


Cette femme fut créée par le magicien Gwydion (qui présente des ressemblances avec Merlin) pour servir d'épouse à Llew Llaw Gyffes. Ce dernier est en effet sous l'emprise d'une malédiction qui l'empêche d'épouser une femme humaine. Blodeuwedd est la plus belle des femmes, une créature d'essence divine, née de la magie. Aussitôt épousée, aussitôt délaissée par son mari parti à la conquête de territoires, elle s'éprend d'un voyageur, Gronw Pebyr. Elle va ensuite, par la ruse, obtenir de son mari réputé indestructible, le secret permettant de le tuer et le livrer à Gronw Pebyr. Ce dernier va abattre son rival qui s'enfuira, mortellement blessé, sous la forme d'un aigle. Il sera retrouvé une année plus tard par Gwydion qui lui redonnera vie et changera Blodeuwedd en chouette pour la punir.

Hanes Blodeuwedd

Ni de père ni de mère
Fut mon sang, fut mon corps.
Je fus enchantée par Gwydion,
Premier enchanteur des Bretons,
Lorsqu'il me forma de neuf fleurs,
Neuf bourgeons d'espèce différentes
De la primevère des monts,
Genêt, reine des prés, nigelles,
Tous ensemble entrelacés.
Sortant de la gousse de fève,
Une blanche et spectrale armée
De terre, d'extraction terreuse,
D'inflorescence d'orties,
Chêne, épine et timide châtaigner
Les neuf pouvoirs de neufs fleurs,
Neuf dons en moi combinés
Neuf bourgeons d'arbres et plantes.
Longs et tout blancs sont mes doigts
Comme la neuvième des vagues.

(Les mythes celtes - La déesse blanche - R. Graves)


Comme la plupart des récits gallois, celui-ci est riche en symboles, depuis le choix des fleurs servant à créer Blodeuwedd qui incite à penser qu'elle est une déesse à la fois lunaire et de la nature, jusqu'à sa transformation en un oiseau nocturne symbole de sagesse et de connaissance.

Le Kraken

12janvier



La mythologie, encore et toujours...

Le kraken est un monstre marin dont les dimensions, selon les légendes vont d'une quinzaine de mètre à la taille d'une île. Certains auteurs l'assimilent d'ailleurs au Leviathan. En cela le Kraken est une source d'inspiration car chaque artiste, chaque écrivain, chaque poète livre son Kraken.

Récemment Morinière a réalisé une illustration de la bestiole et "un peu" avant lui Tennyson (1809 - 1892) lui avait dédié un poème dont voici le texte et sa traduction par Kim et moi-même.


Le Kraken de Tennyson

Below the thunders of the upper deep;
Far, far beneath in the abysmal sea,
His ancient, dreamless, uninvaded sleep
The Kraken sleepeth: faintest sunlights flee
About his shadowy sides: above him swell
Huge sponges of millennial growth and height;
And far away into the sickly light,
From many a wondrous grot and secret cell
Unnumbered and enormous polypi
Winnow with giant arms the slumbering green.
There hath he lain for ages and will lie
Battening upon huge sea-worms in his sleep,
Until the latter fire shall heat the deep;
Then once by man and angels to be seen,
In roaring he shall rise and on the surface die.




Traduction de Kim et Samély

Sous les remous des profondeurs supérieures,
Loin, loin sous la mer abyssale,
Dans un antique sommeil sans rêve,
Le Kraken dort éternellement :
Le moindre rayon fuit les ombres qui l’entourent ;
Au dessus de lui ondulent,
D’immenses éponges millénaires ;
Et au loin dans la lumière chétive,
Sortant de grottes merveilleuses et d’alvéoles cachées
D’innombrables polypes gigantesques
Font s’envoler de leurs bras géants la végétation en sommeil.
Là, il s’est posé depuis des siècles et continuera
À reposer sur les vers de mer géants qu’il étouffe dans son sommeil,
Jusqu’à ce que le dernier feu réchauffe les profondeurs :
Alors les anges et les hommes le verront,
S’élever à la surface en hurlant et mourir.

Le minotaure

10janvier

La mythologie, quelle que soit son origine, a toujours été une source d'inspiration. C'est aussi le cas de Morinière qui depuis quelques temps publie sur son blog une série d'illustrations sur ce thème.

L'une d'elle, le Minotaure, m'a inspiré un texte.


Je te regarde, jeune Athénien, épuisé d’avoir couru à travers le labyrinthe pour me fuir. La peur t’a conduit à dépenser inutilement tes forces, celles dont tu aurais pu user pour m’affronter. Et maintenant que tout est joué, que tu sais que ta vie s’achèvera dans ce labyrinthe, c’est encore elle qui te domine ?

Je te hais Athénien d’être si petit jusqu’à ton dernier instant ! Je te hais de pouvoir tant et de le mériter si peu ! Je te hais pour les sourires que ton visage a suscités, pour les femmes qui ont eu envie de t’ouvrir leurs bras, alors que tu es vide. Tu n’es qu’un semblant d’homme, figé dans sa tiédeur !

Tu possèdes tant… moi je n’ai que ma rage mais je la laisse m’envahir, me submerger. Elle me réchauffe, Athénien, enflamme mon esprit, éveille mes sens, jusqu’à me donner faim de toi.

Cesse donc pitoyable animal de trembler et de pleurer ! Tu pourrais être moi, tu pourrais être pire, si le destin t’avait donné un esprit aussi passionné que le mien, un corps aussi vigoureux et l’absolue certitude qu’aucune femme ne comblerait cette passion. Si fils de reine tu avais su, dès l’enfance, qu’aucune fille de roi ne te tendra la main, si tu avais vu les visages se détourner de toi, les sourires se refuser, l’affection se dérober, alors tu serais moi.

Je suis un homme, Athénien, quoi que tu en penses, un homme dont on a nourri la rage. Jour après jour je l’ai vu croître, remplaçant les frustrations que je ne pouvais plus contenir. J’ai cessé d’espérer des baisers et j’ai voulu mordre et cela, personne n’a douté que je puisse le faire.

Je ne sais plus aimer Athénien et je ne donnerai jamais la vie mais je vais faire ce que ma colère m’a appris : t’offrir une mort sauvage, à la mesure de ma passion.