Le blog de Samély

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L'art égyptien au temps d'Akhenaton

19mai

Bien que les trois empires égyptiens couvrent une période de près de 2000 ans, l’art égyptien a été connu tardivement. En effet, avant la campagne d’Egypte de Napoléon en 1798, rares sont les musées à posséder des vestiges égyptiens et aucune fouille sérieuse n’a encore été entreprise. Passionné par l’Egypte, Napoléon emmène avec lui une expédition scientifique composée de savants, d’ingénieurs et d’artistes. On doit à ces derniers les magnifiques gravures de la Description de L’Egypte publiées entre 1809 et 1821.

Un an plus tard, Champollion déchiffre la Pierre de Rosette et il a alors été possible d’étudier et de comprendre la civilisation égyptienne. La connaissance des hiéroglyphes était d’autant plus indispensable pour aborder l’art égyptien  que c’est un art codifié dans lequel l’écriture tient une grande place. On ne peut prétendre comprendre une œuvre sans saisir le sens des hiéroglyphes qui l’accompagnent car ils se répondent l’un l’autre. De plus, à l’image de l’égyptien hiéroglyphique, les œuvres artistiques sont investies d’une signification, d’un symbolisme fort et structurées dans des compositions complexes où chaque élément doit être considéré.

Contrairement aux autres arts de l’antiquité, tel l’art grec, l’art égyptien est une représentation aspective et non en perspective. Les artistes ne cherchaient pas à montrer une scène du point de vue du spectateur, mais à représenter ce qui devait l’être. Les sujets apparaissent dans ce qui constituait pour les Egyptiens anciens leur plénitude. La représentation classique de sujets de profil avec des éléments figurés de face n’est donc pas due à une absence de maîtrise des artistes. Si la tête est bien de profil, ce qui permet de représenter l’oreille dans son entier, on remarquera que l’œil est peint ou sculpté de face, dans sa forme la plus complète. De la même façon, le ventre est de profil mais le nombril est de face. Les personnages inscrits dans la scène, de profil, se regardent les uns les autres et la représentation a sa vie propre, indépendamment du spectacle qu’elle offre. Pour l’amateur d’art, habitué à ce qu’une œuvre soit créée pour qu’il la contemple ou pour l’amener à s’interroger, l’art égyptien est donc un mystère.

Pour l’Egyptien ancien, ce qui est écrit, gravé, sculpté existe ; l’image est la représentation de la vérité et ces images sont mêmes investies d’un pouvoir, d’une magie propre. Représenter un défunt de façon complète lui assure une existence après la mort. C’est tellement vrai que certains pharaons ont utilisé habilement ce mode de communication, réécrivant leur histoire en la représentant sur les pylônes des temples. On peut notamment citer Hatchepsout, une femme qui devint roi et qui justifia sa position en représentant sa divine conception. Etape après étape, à la manière d’une bande dessinée (et oui ils ont tout inventé ces Egyptiens !) on peut découvrir que sa mère fût visitée par Amon, lequel avait décidé de concevoir l’être qui devait régner sur l’Egypte.

A bien des égards, l’art égyptien ne se soucie donc pas de livrer un récit vraisemblable et l’aspectivité est d’ailleurs une forme de représentation qui ne se situe pas dans l’espace et le temps : la taille des sujets n’a aucun rapport avec la perspective, mais avec leur importance, elle marque la hiérarchie. On verra aussi de nombreuses représentations qui ne tiennent absolument pas compte du déroulement des actions dans le temps, par exemple lorsqu’un sujet est représenté effectuant une tache et tenant simultanément les emblèmes de son pouvoir. L’important n’est pas de montrer une scène réaliste et les représentations égyptiennes ne peuvent en cela être considérées comme narratives. L’aspect physique des personnages représentés s’absout également de toute authenticité au profit du message délivré : Pharaon a un corps parfait, quel que soit son âge, un noble ayant réussi sera représenté avec un ventre qu’il n’a peut-être pas réellement pour symboliser son opulence, etc.

On pourrait penser que cet ensemble de codes, ces symboles imposés, privaient les artistes de liberté au point de les réduire à un travail de techniciens. On sait pourtant que certains artistes étaient recherchés car ils savaient, tout en respectant les normes complexes de l’art égyptien, produire des œuvres uniques, traduire la personnalité du sujet représenté, ses traits…

Durant la XVIII dynastie (Nouvel Empire), l’art égyptien va connaître une période particulière appelée période amarnienne (du nom arabe de la cité royale : Tell el-Amarna). En 1355 avant J.C Aménophis IV, plus connu sous le nom d’Akhenaton, monte sur le trône. Il entreprend une réforme religieuse extrêmement radicale, puisqu’il prône le culte d’Aton, une divinité solaire unique, s’écartant du traditionnel panthéon égyptien. Il choisit de construire une capitale, Akhetaton, loin des anciens lieux de pouvoir, loin des puissants prêtres d’Amon. Illuminé ou prophète, celui qu’on appellera ensuite le pharaon hérétique n’entreprend pas de campagne militaire, néglige de contrôler les pays sous domination égyptienne, mais il tente de modeler l’Égypte selon ses convictions.

Durant le règne d’Akhenaton, l’art égyptien connaît lui aussi de grands bouleversements, dans la forme et dans le fond. La nature des scènes représentées diffère. Il est en effet d’usage pour Pharaon, de figurer sur les pylônes et les murs des temples dans des scènes de conquête (comme le fera Ramsès II avec la bataille de Qadesh), dans des scènes de chasse ou encore de représenter sa relation avec les dieux. Durant la période amarnienne, Pharaon et sa famille vont offrir au regard de leurs sujets des scènes intimistes représentant le souverain, sa femme et leurs enfants dans leur vie quotidienne et, bien entendu, dans les rituels de leur culte à Aton.

La nature des sujets traités confère à l’art amarnien une certaine sérénité, accentuée par son naturalisme. Des motifs floraux apparaissent en effet sur les représentations, des oiseaux… L’art égyptien gagne en délicatesse et en finesse.

Plus encore, il devient plus vivant et plus réaliste, notamment parce que la perspective fait son entrée dans les scènes peintes et sculptées, une perspective qui compose avec les anciens canons. La taille des personnages varie toujours en fonction de l’importance et non de leur situation dans l’espace, mais on constate l’apparition, dans le traitement de la forme de certains éléments (les couronnes par exemple), de diagonales. Ce réalisme se traduit aussi dans la représentation des visages, des expressions et dans le souci des détails.

On s’est d’ailleurs longtemps interrogé sur la part de réalisme qu’il y avait dans les représentations très androgynes du souverain. Akhenaton est en effet peint et sculpté avec un physique très particulier : ses hanches sont larges et pleines comme celles de son épouse, il arbore une ébauche de poitrine et son visage allongé aux lèvres sensuelles accentue l’étrangeté de l’effet produit. Certains scientifiques ont supposé que le roi souffrait d’une maladie génétique appelée syndrome de Marfan, laquelle peut entraîner ce type de déformations physiques. Une étude menée par une équipe de scientifiques américains en collaboration avec le département des Antiquités Égyptiennes du Caire a récemment levé le voile sur ce mystère, puisqu’elle a pu établir que ni Akhenaton, ni son fils Toutankhamon n’était atteints d’une telle maladie et que leur apparence physique était probablement tout à fait normale.

Les peintres et les sculpteurs ont été amenés à composer un nouveau style qui respectait les anciens codes mais s’exprimait sur de nouveaux thèmes et utilisait de nouveaux symboles. La représentation androgyne que nous connaissons d’Akhenaton est donc certainement l’interprétation que les artistes ont faite de la place si particulière de Pharaon dans le culte d’Aton. Incarnation et seul intermédiaire d’un dieu unique et asexué – le soleil – Pharaon est porteur de toutes les énergies, et à ce titre représenté à la fois avec des attributs féminins et masculins. L’artiste amarnien avait donc cessé d’être l’artisan qui représente une scène historique ou religieuse codifiée pour être celui qui livre une interprétation de la philosophie de son époque.


La période amarnienne a été un moment de liberté et de créativité sans commune mesure dans l’histoire de l’art égyptien. Elle nous livre des œuvres délicates, complexes et troublantes. Plus de 33 siècles plus tard, ces oeuvres nous conduisent à nous détourner de nos propres codes pour les visiter et à nous interroger sur les intentions de leurs créateurs. 


Mais n’est-ce pas là le propre de l’art ?

Blodeuwedd, une figure de la mythologie celte

13janvier



Morinière a accepté d'aborder la mythologie celte qui m'est particulièrement chère et de représenter Blodeuwedd. On peut lire son histoire dans le Mabinogi, recueil de contes gallois du moyen-âge.

Cette illustration représente la naissance magique de Blodeuwedd.


Cette femme fut créée par le magicien Gwydion (qui présente des ressemblances avec Merlin) pour servir d'épouse à Llew Llaw Gyffes. Ce dernier est en effet sous l'emprise d'une malédiction qui l'empêche d'épouser une femme humaine. Blodeuwedd est la plus belle des femmes, une créature d'essence divine, née de la magie. Aussitôt épousée, aussitôt délaissée par son mari parti à la conquête de territoires, elle s'éprend d'un voyageur, Gronw Pebyr. Elle va ensuite, par la ruse, obtenir de son mari réputé indestructible, le secret permettant de le tuer et le livrer à Gronw Pebyr. Ce dernier va abattre son rival qui s'enfuira, mortellement blessé, sous la forme d'un aigle. Il sera retrouvé une année plus tard par Gwydion qui lui redonnera vie et changera Blodeuwedd en chouette pour la punir.

Hanes Blodeuwedd

Ni de père ni de mère
Fut mon sang, fut mon corps.
Je fus enchantée par Gwydion,
Premier enchanteur des Bretons,
Lorsqu'il me forma de neuf fleurs,
Neuf bourgeons d'espèce différentes
De la primevère des monts,
Genêt, reine des prés, nigelles,
Tous ensemble entrelacés.
Sortant de la gousse de fève,
Une blanche et spectrale armée
De terre, d'extraction terreuse,
D'inflorescence d'orties,
Chêne, épine et timide châtaigner
Les neuf pouvoirs de neufs fleurs,
Neuf dons en moi combinés
Neuf bourgeons d'arbres et plantes.
Longs et tout blancs sont mes doigts
Comme la neuvième des vagues.

(Les mythes celtes - La déesse blanche - R. Graves)


Comme la plupart des récits gallois, celui-ci est riche en symboles, depuis le choix des fleurs servant à créer Blodeuwedd qui incite à penser qu'elle est une déesse à la fois lunaire et de la nature, jusqu'à sa transformation en un oiseau nocturne symbole de sagesse et de connaissance.

Le Kraken

12janvier



La mythologie, encore et toujours...

Le kraken est un monstre marin dont les dimensions, selon les légendes vont d'une quinzaine de mètre à la taille d'une île. Certains auteurs l'assimilent d'ailleurs au Leviathan. En cela le Kraken est une source d'inspiration car chaque artiste, chaque écrivain, chaque poète livre son Kraken.

Récemment Morinière a réalisé une illustration de la bestiole et "un peu" avant lui Tennyson (1809 - 1892) lui avait dédié un poème dont voici le texte et sa traduction par Kim et moi-même.


Le Kraken de Tennyson

Below the thunders of the upper deep;
Far, far beneath in the abysmal sea,
His ancient, dreamless, uninvaded sleep
The Kraken sleepeth: faintest sunlights flee
About his shadowy sides: above him swell
Huge sponges of millennial growth and height;
And far away into the sickly light,
From many a wondrous grot and secret cell
Unnumbered and enormous polypi
Winnow with giant arms the slumbering green.
There hath he lain for ages and will lie
Battening upon huge sea-worms in his sleep,
Until the latter fire shall heat the deep;
Then once by man and angels to be seen,
In roaring he shall rise and on the surface die.




Traduction de Kim et Samély

Sous les remous des profondeurs supérieures,
Loin, loin sous la mer abyssale,
Dans un antique sommeil sans rêve,
Le Kraken dort éternellement :
Le moindre rayon fuit les ombres qui l’entourent ;
Au dessus de lui ondulent,
D’immenses éponges millénaires ;
Et au loin dans la lumière chétive,
Sortant de grottes merveilleuses et d’alvéoles cachées
D’innombrables polypes gigantesques
Font s’envoler de leurs bras géants la végétation en sommeil.
Là, il s’est posé depuis des siècles et continuera
À reposer sur les vers de mer géants qu’il étouffe dans son sommeil,
Jusqu’à ce que le dernier feu réchauffe les profondeurs :
Alors les anges et les hommes le verront,
S’élever à la surface en hurlant et mourir.

Le minotaure

10janvier

La mythologie, quelle que soit son origine, a toujours été une source d'inspiration. C'est aussi le cas de Morinière qui depuis quelques temps publie sur son blog une série d'illustrations sur ce thème.

L'une d'elle, le Minotaure, m'a inspiré un texte.


Je te regarde, jeune Athénien, épuisé d’avoir couru à travers le labyrinthe pour me fuir. La peur t’a conduit à dépenser inutilement tes forces, celles dont tu aurais pu user pour m’affronter. Et maintenant que tout est joué, que tu sais que ta vie s’achèvera dans ce labyrinthe, c’est encore elle qui te domine ?

Je te hais Athénien d’être si petit jusqu’à ton dernier instant ! Je te hais de pouvoir tant et de le mériter si peu ! Je te hais pour les sourires que ton visage a suscités, pour les femmes qui ont eu envie de t’ouvrir leurs bras, alors que tu es vide. Tu n’es qu’un semblant d’homme, figé dans sa tiédeur !

Tu possèdes tant… moi je n’ai que ma rage mais je la laisse m’envahir, me submerger. Elle me réchauffe, Athénien, enflamme mon esprit, éveille mes sens, jusqu’à me donner faim de toi.

Cesse donc pitoyable animal de trembler et de pleurer ! Tu pourrais être moi, tu pourrais être pire, si le destin t’avait donné un esprit aussi passionné que le mien, un corps aussi vigoureux et l’absolue certitude qu’aucune femme ne comblerait cette passion. Si fils de reine tu avais su, dès l’enfance, qu’aucune fille de roi ne te tendra la main, si tu avais vu les visages se détourner de toi, les sourires se refuser, l’affection se dérober, alors tu serais moi.

Je suis un homme, Athénien, quoi que tu en penses, un homme dont on a nourri la rage. Jour après jour je l’ai vu croître, remplaçant les frustrations que je ne pouvais plus contenir. J’ai cessé d’espérer des baisers et j’ai voulu mordre et cela, personne n’a douté que je puisse le faire.

Je ne sais plus aimer Athénien et je ne donnerai jamais la vie mais je vais faire ce que ma colère m’a appris : t’offrir une mort sauvage, à la mesure de ma passion.

Lilith

21novembre

Lilith fait partie de mes sujets d'inspiration parce que son histoire, son mythe, sa réputation, les sombres légendes nées autour d'elles parlent à l'imaginaire. Je suis loin d'être la seule à "utiliser" Lilith dans mes créations ; nombre de peintres et d'écrivains l'ont fait avant moi.


Lilith vue par Morinière

Mais qui est-elle ?

Difficile de se faire une idée précise de son histoire qui nous est parvenue de façon parcellaire. Lilith semble en effet avoir été l'objet de toutes les censures. Son nom est mentionné une unique fois dans la Bible (Esaïe 34 : 14) et c'est le Talmud qui nous en apprend le plus sur elle.

Les bêtes du désert s’y rencontreront avec les chacals, et le bouc sauvage y criera à son compagnon. Là aussi lilith se reposera et trouvera sa tranquille habitation.
(Esaïe 34 : 14)

Lilith est la première femme, née en même temps qu'Adam de la glaise primordiale et égale du premier homme par conséquent. Mais voila, celui-ci la veut toujours couchée sous lui lorsqu'ils font l'amour et Lilith refuse de se soumettre. Elle invoque alors le nom de l'Eternel, dont elle a la connaissance, et des ailes lui poussent dans le dos qui lui permettent de fuir l'Eden.

Trois anges envoyés par Dieu poursuivent Lilith et la somment de se soumettre. Elle refuse. Dieu la condamne alors à voir ses enfants mourir. Devant son désespoir, les anges lui font un don : les enfants mâles lui appartiendront durant leurs huit premiers jours et ce délai est de vingt jours pour les filles. Les enfants nés en dehors du mariage lui appartiennent quant à eux leur vie durant.

Lilith erre ensuite sur les bords de la mer rouge où elle rencontre le démon Samaël, l'ange déchu, en qui elle trouve un époux.

Lilith, la sulfureuse

Une femme qui s'affranchit des loi de l'homme et de Dieu... il n'en fallait pas plus pour nourrir l'imaginaire. Les légendes concernant Lilith sont légion et elle est tantôt reine des succubes, mère des vampires, démon babylonien.

Pour certains, elle est le serpent qui tend la pomme...

Ici une représentation de Michel Ange, mais on peut aussi voir cette scène sculptée sur Notre Dame de Paris.

Mais Lilith est finalement la première hérétique, dans le sens premier du terme, celle qui choisit. Elle est le symbole de la femme qui accepte sa nature, sa sensualité et qui revendique sa liberté.

Muse des artistes, elle a notamment inspiré les préraphaélites.

Le Labyrinthe de Pan

31mars

Le Labyrinthe de Pan fait partie des films dont nous avons beaucoup parlé avec Aurélien durant la création de Samhain... et dont nous parlons encore à propos d'un autre projet, mais chutttt !

Ce magnifique film de Guillermo Del Toro se déroule en Espagne, en 1944, à la fin de la guerre civile. La jeune Ofélia et sa maman vont s'installer dans la demeure du nouveau mari de celle-ci, Vidal, Capitaine de l'armée franquiste. La jeune fille est rêveuse, éprise de contes et se trouve confrontée à un beau-père aux comportements de dictateur psychorigide. Elle découvre dans le jardin de la demeure du terrible capitaine un Labyrinthe, gardé par un faune.

Ofélia va entrer dans sa légende...

Le faune lui révèle qu'elle est la princesse d'un royaume et qu'elle va devoir se soumettre à des épreuves. La fillette va alors affronter les créatures de nos cauchemars d'enfants, mais elle se jette dans cette aventure avec ferveur, ne doutant pas un seul instant de la réalité de ce monde fantasmagorique.

Dès le début du film, l'innocence et l'inconscience de la fillette nous font redouter le pire. Comment ne pas frémir en la voyant suivre aveuglément les instructions de ce faune - ce satyre - qui la pousse dans l'antre d'un immonde crapaud géant et dans celle d'un ogre mangeur d'enfants ? Et pourtant, plus les minutes passent et plus l'horreur de la réalité d'Ofélia apparaît. Le monstre est bien là, tout près d'elle, mais il s'agit du sadique Vidal. Le Labyrinthe de Pan, tout comme Cabal, nous plonge dans un univers ou l'humanité est inhumaine.

Le Labyrinthe, qui est loin d'être un film pour enfants, est truffé de symboles. Comment par exemple ne pas voir dans Carmen la mère d'Ofélia, veuve soumise à un despote, une allégorie de la soumise Espagne franquiste ? N'est-ce pas d'ailleurs cette même Carmen qui exhorte sa fille à ne plus croire aux contes de fées et à se soumettre à l'autorité de Vidal ?

Parallèlement, la petite brave tous les danger pour répondre aux demandes du faune et sa seule amie humaine est une alliée des résistants. Ofélia est l'Espagne qui veut encore croire en son avenir et qui refuse le joug fasciste. Et elle y croit en l'avenir la petite Ofélia qui caresse le ventre de sa mère enceinte et parle ensuite au bébé de son univers tandis que Vidal, le papa, guette sa progéniture et oblige son épouse qui n'est plus qu'un ventre au service de ses ambitions à se déplacer en fauteuil roulant. La soumise Carmen ne connaîtra pas son enfant...

L'univers fantastique dans lequel se réfugie Ofélia est tout aussi parlant. Dès le début du récit, lorsque le faune apparaît, les adultes que nous sommes sont sur la réserve et il est vrai qu'il n'est pas très rassurant. Il est pourtant le guide d'Ofélia dans son univers merveilleux, mais un guide qui la mène aux pires dangers tout en la poussant à utiliser son libre arbitre. Ofélia suit un parcours initiatique, forte de ses rêves et de sa foi, mais elle doit se préserver des tentations et conserver son humanité. Ses choix peuvent changer sa vie, mais pas seulement... Lorsqu'au terme du film elle doit sacrifier son petit frère - l'avenir - pour retrouver son statut de princesse et quitter ce monde cruel, elle refuse. On ne construit rien uniquement avec les rêves, encore faut-il garder son âme.

Et tant de fois cette âme est mise à l'épreuve, sollicitée, mais c'est une âme courageuse. L'épreuve du crapaud et de son antre immonde située au fond d'un arbre, c'est le combat du chevalier dans l'antre du dragon. L'âme pure affronte les forces chtoniennes qui détiennent le trésor (en l'occurence une clé) et qui empêchent la vie de s'épanouir librement (l'arbre ne fleurit plus). Forte de sa pureté et de sa conviction, Ofélia descend dans les ténèbres, laissant derrière elle les vêtements que le Capitaine agrée, pour aller chercher la lumière.

L'élément fantastique qui a le plus marqué Aurélien, c'est le Pale Man, l'ogre. Voila ce qu'il en dit :

L'ogre est étrange parce qu'il a un physique terriblement organique - la chair sous un jour répugnant - et d'un autre coté, il est mécanique. Il ne fonctionne qu'en fonction d'une réaction donnée, a un comportement prévisible. On dirait un robot, même dans sa manière de bouger. Il semble n'avoir aucune conscience. La brutalité de la machine organique qui n'existe que pour se repaître de l'humanité de l'intrus. Il y aussi le fait que cette créature ne réagit que dès l'instant où l'intrus se nourrit. Un acte vital et très organique, généralement plaisant. C'est une sorte de punition aux plaisirs de la chair. Finalement L'ogre est un catho pur jus ! Reste que cette créature est l'une des plus réussies du cinéma pour moi, avec Alien et la créature dans le film Legend de Ridley Scott aussi, à la fois repoussante et fascinante. Ce sont des créature qui ont un pouvoir de séduction incroyable tellement elles parlent à l'imaginaire.

Je pourrais parler encore et encore de chaque symbole, de chaque détails, mais je vais laisser ceux qui auront envie de le faire poursuivre et je terminerai en parlant de l'esthétisme de ce film, beau à tous égards, parce qu'il parle à notre esprit à travers les émotions, les scènes magiques, féériques, cauchemardesques, atrocement réalistes aussi.

Cabal

10mars


Cabal et la Cité de Midian

CABAL est un film de Clive Barker, un maître du fantastique sombre, comme le démontre la série des Hellraiser.

Dans ce film, on navigue dans la folie supposée de Boone, un homme qui découvre avec horreur et grâce à son psychiatre, le très sérieux Docteur Decker, qu'il est un tueur psychopathe.

Boone est hanté par des rêves dans lesquels il parcoure la Cité de Midian, un lieu habité par des monstres et il décide de s'y rendre. Il sait maintenant qu'au regard de la société il est lui-même un monstre.

L'entrée de Midian est située dans un cimetière. Le lieu est oppressant, peuplé de créatures nocturnes effrayantes qui vivent là cachées, gouvernées par Baphomet. Mais on ne devient pas membre de cette société parce qu'on le décide et Boone ne va pouvoir devenir un Nuitant qu'en mourrant.

CABAL est un bon sujet d'inspiration parce qu'il présente un univers fantastique existant dans notre société et en marge de celle-ci. Adieu paillettes et jolies créatures féériques, les habitants de Midian sont définitivement effrayants et il faut dépasser le cap de nos peurs ordinaires, de nos idées préconçues pour découvrir... leur humanité.

Midian, la ténébreuse et inquiétante cité souterraine est un refuge d'êtres dont la société ne voudrait pas, vivant dans la peur d'être découverts et qui, nettoyés du vernis de notre civilisation, livrent leurs émotions et leur nature.

Comme souvent dans les films fanstastiques que j'affectionne, notre univers - celui qui représente la normalité - est bien plus sombre, bien plus sale que ce qui, au premier abord, pourrait apparaître comme l'élément ténébreux du film. 

Lorsque j'ai parlé de Cabal à Aurélien, nous avons tous deux utilisé en parlant des habitants de Midian des adjectifs qui montraient notre fascination pour les Nuitants et l'affection que nous avions pour eux. Lorsque Samhain fut écrit, nous en avons reparlé et Aurélien m'a dit :

Il y a une différence notable entre Cabal et notre projet. Dans Cabal le fantastique est menacé par le réel, très directement. Dans Samhain ça aurait tendance à être l'inverse, même si cela semble moins belliqueux. Dans Cabal il y a une réelle hostilité de la "normalité". Ça me rappelle cette histoire des fées qui sont détruites par le mépris ou l'ignorance des gens "normaux".

C'est cela... les monstres de Midian sont les fées que l'on tue chaque jour et nous avons choisi de les laisser vivre.

CABAL en BD, recto et verso :