La mythologie, quelle que soit son origine, a toujours été une source d'inspiration. C'est aussi le cas de Morinière qui depuis quelques temps publie sur son blog une série d'illustrations sur ce thème.

L'une d'elle, le Minotaure, m'a inspiré un texte.


Je te regarde, jeune Athénien, épuisé d’avoir couru à travers le labyrinthe pour me fuir. La peur t’a conduit à dépenser inutilement tes forces, celles dont tu aurais pu user pour m’affronter. Et maintenant que tout est joué, que tu sais que ta vie s’achèvera dans ce labyrinthe, c’est encore elle qui te domine ?

Je te hais Athénien d’être si petit jusqu’à ton dernier instant ! Je te hais de pouvoir tant et de le mériter si peu ! Je te hais pour les sourires que ton visage a suscités, pour les femmes qui ont eu envie de t’ouvrir leurs bras, alors que tu es vide. Tu n’es qu’un semblant d’homme, figé dans sa tiédeur !

Tu possèdes tant… moi je n’ai que ma rage mais je la laisse m’envahir, me submerger. Elle me réchauffe, Athénien, enflamme mon esprit, éveille mes sens, jusqu’à me donner faim de toi.

Cesse donc pitoyable animal de trembler et de pleurer ! Tu pourrais être moi, tu pourrais être pire, si le destin t’avait donné un esprit aussi passionné que le mien, un corps aussi vigoureux et l’absolue certitude qu’aucune femme ne comblerait cette passion. Si fils de reine tu avais su, dès l’enfance, qu’aucune fille de roi ne te tendra la main, si tu avais vu les visages se détourner de toi, les sourires se refuser, l’affection se dérober, alors tu serais moi.

Je suis un homme, Athénien, quoi que tu en penses, un homme dont on a nourri la rage. Jour après jour je l’ai vu croître, remplaçant les frustrations que je ne pouvais plus contenir. J’ai cessé d’espérer des baisers et j’ai voulu mordre et cela, personne n’a douté que je puisse le faire.

Je ne sais plus aimer Athénien et je ne donnerai jamais la vie mais je vais faire ce que ma colère m’a appris : t’offrir une mort sauvage, à la mesure de ma passion.