Les rêves anciens
L’aube se levait, diffusant dans la chambre une faible lumière
qui jetait sur le visage de l’homme des ombres brutales. Elle était assise près
du lit et l’observait. Il dormait paisiblement. Pourtant ses traits étaient
creusés. Elle tenta de se composer un visage serein, celui qu’il voudrait
certainement trouver s’il ouvrait les yeux. Il lui fallait puiser en elle
assez de force pour l’aider, recomposer un amour qu’elle n’éprouvait
probablement plus. A cette pensée, elle se sentit coupable. On ne retire pas
son affection à quelqu’un qui subit déjà tant.
Elle était infirmière, dans la vie, dans l’âme. C’était ainsi. Cela la rendait prompte à donner, incapable de prendre. Mais ce jour-là, alors qu’elle ne parvenait pas à créer ce masque de sérénité qu’elle avait coutume de porter, elle se demanda si elle avait encore quelque chose à donner. Elle sondait son être et se sentait vide.
Elle caressa le front de l’homme et, instinctivement, elle eut un élan de compassion. Cet élan spontané lui démontra qu’elle n’était pas aussi vide qu’elle en avait l’impression. Elle était naturellement humaine, profondément et, même si parfois elle avait souhaité l’être moins, elle ne tenait finalement pas à changer. Curieusement, elle ne se sentit pas rassurée ; elle éprouvait un tiraillement douloureux. Elle voulait rester qui elle était et elle voulait être une autre, une qui saurait s’occuper d’elle-même, assez pour tourner le dos à tout cela.
Elle secoua la tête, comme pour chasser ces pensées parasites et dérangeantes, et se leva. Elle se dirigea vers la cuisine et commença à se préparer un café, comme chaque matin, mécaniquement. Elle s’appuya contre le plan de travail et regarda le liquide noir couler lentement. Les gouttes sombres éclataient dans une mare de ténèbres… et elle se dit que c’était là l’exacte représentation de sa vie : des journées sombres qui venaient grossir une existence de ténèbres.
Elle pesta contre cet accès de déprime. Après tout c’était faux, elle avait des rêves et elle l’avait lui. Lui… il avait été son âme sœur, ou plutôt ils avaient l’un et l’autre cru que c’était le cas. Certes il ne l’était pas mais il était lui et il faisait partie de sa vie, d’elle. A cette pensée un léger sourire vint adoucir son visage aux traits tirés. Puis doucement le sourire disparut. Elle se le représenta, là bas dans son lit, plongé dans ce sommeil sans fin. Il lui avait dit, avant le coma, qu’il ne voulait pas être séparé d’elle. Et elle était restée, elle avait tenté de s’accrocher à tout ce qui les avait réunit, couvé en esprit leurs souvenirs, préservé leurs espoirs. Mais elle était désormais seule lorsqu’elle était près de lui.
Elle tenta alors de songer à tout ce qu’ils avaient voulu faire ensemble, à tout ce qu’il feraient s’il, non plutôt *quand* il se réveillerait. Elle avait l’impression de contraindre son esprit ; elle était trop lucide pour être capable de se rassurer avec des illusions. Les rêves sont le fruit d’une alchimie qui mêle le moment et les âmes. Leurs rêves s’étaient probablement éteints, laissant en elle ce vide qu’elle avait refusé de nommer.
Elle se dirigea lentement dans le couloir qui menait à sa chambre… Elle avait toujours rejeté l’idée qu’il ne se réveillerait peut-être pas. Les médecins l’avaient craint et même s’il se réveillait, il serait différent. Elle l’avait accepté, tout en se disant que même différent, ce serait encore lui. Elle s’était dit que cela signifiait simplement que leur avenir ensemble serait différent, mais que cela ne pouvait pas signifier qu’ils n’avaient rien à accomplir.
Elle marqua un temps d’arrêt. Elle aussi avait changé. Elle réalisa qu’à force de tenter de ranimer des rêves moribonds, elle avait cessé de s’émerveiller. Ce combat avait vidé les rêves de leur substance, les avait dépouillés de leur éclat.
- Les rêves sont si fragiles…
Elle repartit et franchit le seuil de la porte de sa chambre. Il était devant elle, entouré de tous ces appareils dont les signaux laissaient croire que la vie était encore là. D’une certaine façon elle était là, mais cette vie là lui était étrangère. Elle n’avait rien à voir avec ces rêves anciens qui étaient si beaux.
- Les rêves meurent aussi…
Elle avança doucement les mains vers le visage de l’homme.
- Les rêves morts sont les entraves des rêves à venir…
Elle arracha le tube qui était glissé dans sa gorge et regarda l’homme partir.
Commentaires
I'm sorry if i wrote my comment in English but i think you understand why.
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Once again, thanx and congratulations, i love your style. ( Honestly i don't like mangas o any BD) but you are great de toute façon :p.
Kisses
TY for your comment Luis. I forgive you for you don't like comics but I don't give up! I intend to make you like it. You just have to remember that it's a way of telling a story, sharing dreams, offering a personal universe
Kisses